Sébastien LeBlanc : du tennis à la finance
Yvon Laprade, Le Journal de Montréal
Mercredi 17 octobre 2001

Sébastien LeBlanc ne joue plus au tennis et il ne s'en plaint pas. L'ex-coéquipier en double de Sébastien Lareau, maintenant âgé de 27 ans, est depuis peu à la tête d'une firme d'investissement financier.

Il y a deux semaines, en pleine tourmente financière, il a lancé Clubfin.com, qui permet aux investisseurs d'acheter des fonds communs de placement par Internet, sans payer de commission ni à l'achat, ni à la
vente.

Il veut attirer des investisseurs qui hésitent à verser des commissions pouvant aller jusqu'à 5 % de l'investissement lorsqu'ils achètent des fonds mutuels auprès de leur courtier ou de leur planificateur financier.

" Avec le ralentissement de l'économie, bon nombre d'investisseurs regardent leurs finances de plus près; nous avons des choses intéressants à leur proposer ", affirme-t-il.

Celui qui a abandonné le tennis, il y a quatre ans, à la suite d'une grave blessure au coude admet toutefois que le timing pour lancer son entreprise était un peu risqué.

Nous avons commencé nos activités deux semaines après les événements du 11 septembre, dans un contexte où les places boursières étaient ébranlées par les attentats au World Trade Center ", concède-t-il.

Raquette

Sébastien LeBlanc admet que sa vie a changé radicalement depuis qu'il a raccroché sa raquette.

On se souviendra qu'il avait causé une certaine surprise, en octobre 1997, en prenant la mesure de Tim Henman, alors 19e à l'échelle mondiale. S'il avait voulu poursuivre sa carrière, il lui aurait fallu envisager une intervention chirurgicale.

" J'aurais été tenu à l'écart du jeu pendant neuf mois ", dit-il.

Il considère avoir surutilisé son bras.

" Je prenais des anti-inflammatoires, on m'a fait des injections de cortisone, mais mon état ne s'améliorait pas, soutient-il. À la fin, j'avais de la difficulté à tenir ma brosse à dents… "

LeBlanc avoue ne plus pratiquer, même pour son plaisir personnel, le sport qui lui a permis de voyager aux quatre coins du monde.

" J'ai joué une seule fois l'été dernier et j'ai eu mal au bras, souligne-t-il. Je suis passé à autre chose. Je viens de réaliser que je peux jouer au golf! "


Un budget de 70 000 $ US pour jouer au tennis

Quand il jouait au tennis dans le circuit professionnel, au milieu des années 1990, Sébastien LeBlanc disposait d'un budget annuel de 70 000 $ américains.

" C'était bien peu d'argent pour payer toutes les dépenses d'avion, de restaurants et d'hôtels ", déclare, sans amertume, l'ex-athlète de Boucherville qui vient d'amorcer une carrière dans le monde de l'investissement.

" Je ne voyageais pas en première classe, admet-il. Je n'avais pas le moyens financiers d'un Andre Agassi. Je n'avais pas d'avion privé, pas de masseur ni de psychologue. "

Pour obtenir des bourses, LeBlanc devait réaliser de belles performances. Il lui est arrivé, à quelques reprises, de prolonger des tournées outre-Atlantique parce qu'il n'arrivait pas à remporter des victoires.

" Je me souviens d'une tournée en Europe, poursuit-il. Au cour des deux premières semaines, je ne faisais rien qui vaille. À la troisième semaine, j'ai appelé ma femme et je lui ai dit que je devais rester quatre autres semaines pour reprendre le dessus. Ce n'était pas toujours facile... "

Que de voyages

Il concède qu'au tennis professionnel, les moments de répit sont peu fréquents.

" On participe à des tournois toutes les semaines, indique-t-il. Les amateurs qui assistent aux matchs s'imaginent parfois que le tennis, c'est glamour, que les athlètes mènent une vie éclatante, mais la réalité est tout autre. Les voyages sont nombreux, les entraînements fréquents. En 1996, par exemple, j'ai été en voyage pendant 40 semaines.

Gestion

Aujourd'hui, Sébastien LeBlanc ne porte plus de chaussures de tennis, mai se présente, tous les matins, à son bureau de Saint-Bruno en complet-cravate.

Pour se faire un nom dans le monde de la finance, il a décidé de jouer offensif et d'attaquer au filet pour rejoindre de nouveaux clients.

" Mon expérience au tennis m'a appris à gérer mes affaires personnelles, souligne-t-il. C'est moi qui voyais à ce que mon budget soit équilibré. Je dirigeais mon entreprise, en quelque sorte. "

Il a toutefois une chance que d'autres jeunes entrepreneurs n'auront peut-être jamais : il a l'appui de son père, Guy LeBlanc, président de la firme COTE 100, et a accès à l'information de première main de son frère, Philippe, devenu analyste financier après avoir brillé au… tennis.

De plus, comme l'amitié n'a pas de prix, Sébastien LeBlanc a trouvé en Sébastien Lareau un allié indéfectible. À la différence que LeBlanc mise aujourd'hui sur ses compétences dans le domaine de la finance pour s'enrichir alors que Lareau continue à servir des aces à ses adversaires sur le circuit professionnel pour empocher des gains.